Exposition du tableau "Les Phénixs-fenghuang": une Huile sur toile qui déclenche les rêves! Peindre c'est sélectionner une conjonction de couleurs et finalement devenir soi par ses choix, distribuer dans l'espace, parfois dans le temps (comme les musiciens) des harmonies nouvelles ou oubliées...

Tableau à l'Huile sur toile lors d'une Exposition de Jc Tanguy, intiltulé "Les Phénixs-Fenghuang"

Non les Alchimistes n'ont pas vraiment disparu et notre Palette est notre chaudron. Pas de dates sur mes Tableaux que je reprends au fil du temps, parfois sur des années, essayant de conserver l'intention primale, leur "fraîcheur" première. Une image recouvre parfois l'image d'avant... comme par vagues: Les tableaux des Maîtres qui nous ont inspiré sont bien là, issus de la grande beauté du monde: Oui, nous sommes au bord de quelque chose qui se tient devant nous, dépliant sans cesse, par cycles. Et la danse du, des peintres, même s'il ne sont plus là est bien présente dans chacun des élans du pinceau. Danse ancienne et très contemporaine donc.

"Avant l'œuvre, le peintre, comme tout créateur, connaît la rêverie méditante, la rêverie qui médite sur la nature des choses. Le peintre, en effet, vit de trop près la révélation du monde par la lumière pour ne pas participer de tout son être à la naissance sans cesse renouvelée d'un univers. Aucun art n'est plus directement créateur, manifestement créateur, que la peinture. Pour un grand peintre, méditant sur la puissance de son art, la couleur est une force créante. Il sait bien que la couleur travaille la matière, qu'elle est une véritable activité de la matière, que la couleur vit d'un constant échange de forces entre la matière et la lumière. Aussi, par la fatalité des songes primitifs, le peintre renouvelle les grands rêves cosmiques qui attachent l'homme aux éléments, au feu, à l'eau, à l'air céleste, à la prodigieuse matérialité des substances terrestres.
Dès lors, pour le peintre, la couleur a une profondeur, elle a une épaisseur, elle se développe à la fois dans une dimension d'intimité et dans une dimension d'exubérance.
Si, un instant, le peintre joue avec la couleur plate, avec la couleur unie, c'est pour mieux gonfler une ombre, c'est pour solliciter ailleurs un rêve de profondeur intime. Sans cesse, durant son travail, le peintre mène des songes situés entre la matière et la lumière, des songes d'alchimiste dans lesquels il suscite des substances, augmente des luminosités, retient des tons trop brutalement éclatants, détermine des contrastes où l'on peut toujours déceler des luttes d'éléments. Les dynamismes si différents des rouges et des verts en sont des témoignages. Aussi dès qu'on rapproche les thèmes alchimiques fondamentaux des intuitions décisives du peintre, on est frappé de leur parenté. Un jaune de Van Gogh est un or alchimique, un or butiné sur mille fleurs, élaboré comme un miel solaire. Ce n'est jamais simplement l'or du blé, de la flamme, ou de la chaise de paille : c'est un or à jamais individualisé par les interminables songes du génie. Il n'appartient plus au monde, mais il est le bien d'un homme, le cœur d'un homme, la vérité élémentaire trouvée dans la contemplation de toute une vie."

Gaston Bachelard 1970 in "Le droit de rêver"

les phenixs fenghuang jc tanguy, art contemporain, peinture à l'huile, huile sur toile, expo, nantes - france

Pour Goethe, chaque couleur est vue comme "l’expression directe d’un principe générateur dynamique à travers lequel c’est la totalité du cycle des couleurs qui se met dans un ordre significatif ; tandis que dans la théorie newtonienne la séquence des couleurs du spectre est arbitraire puisqu’elle ne correspond qu’à un angle de réfraction et à la vitesse de particules hypothétiques." Un peu sec pour le peintre abstrait contemporain... car au delà, la mécanique de la Lumière n'est qu'au service du sujet! Elle "l'enveloppe", le transporte parfois le distrait le plus souvent. Mais nos yeux ont leurs limites propres, nos capacités de re-création, d'assemblage, d'intelligibilité, notre culture et nos émotions aussi sont d'une certaine façon "formatés". Pourtant c'est avec une patience et une humilité très Humaine... que peintres et regardeurs accueuillent tout un monde nouveau pour s'y épanouir, re-naître à "autre-chose"; d'autres Mondes, se ressourçant sans cesse comme par besoin, nécéssité. Cette disponibilité au Monde est aussi appellé élégance, elle est une marche nécessaire, une clé facilitatrice pour entrer dans la véritable Nature Philosophique de la Peinture si celle-ci n'est pas purement décorative. Et quand bien même:

"...Le peintre invite l’observateur à une singulière expérimentation : celle d’une puissante participation à une réalité totale, surabondante et lumineuse, qui est, elle-même, ce procès singulier par lequel les choses sont à nouveau à voir, à penser et, indéfiniment aussi, toujours-à-faire... Véritables Propositions d'Existence, "philosophie par image" ne faisant plus qu’un avec l’expérience radicale du spectateur appelé à s’y transformer."
Laurent Bove, "Pieter Bruegel, Le tableau ou la sphère infinie, Pour une réforme théologico-politique de l’entendement" Paris - Vrin, 2019